La solitude des miroirs de Lya E. Artur
Édito de printemps
08 mai 2026
Pour accompagner cette lecture, une chanson vient prêter sa voix aux silences du texte (paroles et musique : Lya Artur – interprétation (chanteuse) : Philippine Porta) : paroles en bas de page.
Au départ, il y a cette hésitation, ce vertige devant l’immensité de ce thème que je n’ai jamais abordé à Let-Know Café. Parler du prendre soin des mères comme de l’origine du soin, comme un acte de sauvegarde poétique me semblait essentiel mais particulièrement risqué. Comment écrire pour honorer, plus que pour dénoncer ? Comment justifier que je n’évoque pas le père, sans que cela ne soit perçu comme un acte d’exclusion ? Comment construire un discours sans jouer les sociologues de comptoir, et sans m’approprier le vécu intime d’autres femmes en réduisant leur expérience — qui comporte une infinité de variations, de nuances et de secrets — à un point de vue central ? Comment exprimer aux femmes qui sont naturellement heureuses dans leur maternité, que je ne les oublie pas, que je bénis leur bonheur et leur dévouement ? Comment éviter aussi tout déterminisme rigide en donnant une si grande place à l’influence maternelle ?
Pour commencer à écrire ces lignes, il me faut accepter de réduire le champ de vision temporairement. Il me faut accepter de choisir une focale. De me centrer uniquement sur celles qui semblent subir la plus grande mutation dans leur être, leur corps, leur structure émotionnelle et psychique. Préciser de manière sommaire que le post-partum est un séisme biologique (chute hormonale, neuroplasticité cérébrale, corps qui s’effondre et se reconstruit simultanément) mais aussi une mue psychique parfois douloureuse, un remodelage existentiel (matrescence). Il me faut reconnaître aussi le poids d’une histoire qui ne s’efface pas d’un simple revers de main – une histoire qui a confié aux femmes une mission sacrée qui peut vite devenir une épreuve d’endurance, un sacrifice invisible. Il me faut accepter de m’appuyer sur les nombreuses discussions que j’ai eues, ces derniers mois, avec des mères qui partageaient ce sentiment d’être devenues des gestionnaires exilées de leur propre vie, d’être esseulées surtout, et qui avaient parfois recours aux médicaments pour supporter le tumulte du post-partum. Dire que j’aimerais, un instant, venir m’adosser à leur solitude et pousser le cri nécessaire. Oui, il me faut accepter cette conviction intime, forgée au fil des mois et des récits : une faille est là, devant nous, un tabou passé sous silence – et il existe, à mon sens, une sorte d’aberration ontologique dans notre manière d’ignorer ce problème. Il me faut assumer ici de vouloir faire un plaidoyer vibrant pour que le « prendre soin » des mères devienne une valeur de civilisation, pour que leur fragilité soit sublimée par la tendresse, comme dans l’art du Kintsugi, cette tradition japonaise qui répare les céramiques brisées avec de l’or, transformant les cicatrices en lignes de lumière.
Aussi je ne peux que m’appuyer sur mon intuition la plus organique : Les mères sont les premières tisseuses de rêve du monde. Elles déposent leur regard dans celui de l’enfant ; elles l’ensemencent de leur propre vision, transformant, par cette simple connivence, le chaos de l’existence en une clarté nommée. Celles qui nous ont précédés dans la lumière ne sont pas seulement celles qui portent, mais celles qui ouvrent. Ce qui advient à l’enfant dépend – en grande partie du moins – de ce qui advient à la mère, de la manière dont son environnement immédiat peut, ou non, construire un rempart de protection autour d’elle, un allègement nécessaire pour que le lien ne soit pas une charge, mais une source bénie qui donne au monde sa consistance de miracle.
L’imaginaire balbutiant de l’enfant se faufile entre les lignes, entre les ombres, entre les scories de langage. Son regard intact, absorbant, mouvant, est d’une vulnérabilité sublime. L’œil pur, dans un geste de « solarisation » spontanée voit s’illuminer les contours linéaires, sombres, presque métalliques des images qui se présentent à lui dans une étrangeté quasi onirique. Au seuil de sa vie, il cherche encore à déchiffrer la vaste obscurité de la matière pour y graver sa mémoire propre. Son regard est comme une pellicule photographique non exposée à la lumière, où toute chose est entourée d’une aura mystérieuse et demande à révéler son « essence fantôme ». Dans cette chimie bouillonnante de l’esprit, le noir initial devient une matière active et révélatrice qui donnera au monde sa couleur présente et future. Cette métaphysique du regard est une étape primordiale à laquelle, plus que tout autre, ceux qui rencontrent l’enfant pour la première fois – son premier réservoir de lumière – participeront de manière certaine. Ce qui compose leur univers agira comme une vision contaminante, irradiante, qui influencera durablement l’enfant dans son rapport à la vie. Dès lors, le soin apporté à la mère n’est-il pas la condition sine qua non pour que cette pellicule fragile ne soit pas brûlée par une lumière trop crue (le stress, l’abandon …) ? Car il ne faut pas s’y tromper : si le regard de la mère s’obscurcit, ce n’est presque jamais par défaut d’amour, mais parce qu’elle est, elle-même, la première victime du manque – aveuglée par l’urgence et délaissée par le groupe.
Bien sûr, ne nous méprenons pas, je ne défends aucune fatalité psychologique. L’enfant n’est pas un simple prolongement de ceux qui l’engendrent, et rien n’est scellé d’avance. C’est un être à part entière qui finira par s’émanciper de ces regards et qui ira, demain, puiser son inspiration auprès d’autres maîtres, d’autres horizons, pour développer sa propre souveraineté. Cependant, nous ne pouvons pas ignorer que cette empreinte originelle – qui n’est pas un destin tracé -, peut donner une tonalité de départ : on pourrait dire que l’enfant, comme un petit sismographe, enregistre la fréquence émotionnelle du monde qui l’accueille. Ce constat des plus banals me pousse à questionner l’évidence : Si ce monde est ouvert, entouré, soutenu, l’être en devenir aura-t-il plus de chance d’intérioriser la confiance, la fluidité et le sentiment d’appartenir à une totalité bienfaisante ? Si au contraire ce monde est confiné, souffrant, ne risque-t-il pas de retenir que la vie est une lutte isolée, une vaine débâcle ? Que pouvons-nous faire, ensemble, pour éviter que n’apparaisse bien trop tôt dans l’enfance, une sourde inquiétude, une fissure, comme une langue de terre oubliée par la pluie ?
J’ai longtemps cherché, dans mon travail de recherche à Let-Know Café, la preuve vivante que la poésie pouvait nous fédérer autour d’une sensibilité commune, nous mener vers l’art de la présence, du soin, du « mieux vivre ensemble ». Aujourd’hui, je crois surtout qu’elle nous appelle à « repassionner la vie » pour la protéger contre un enlisement de l’imaginaire. Car ce déclin entraîne avec lui la disparition du Merveilleux, dès lors que l’esprit accepte de ne plus voir le monde qu’à travers le prisme de l’utilité, de la logique étroite et de la résignation. Si la fissure est inévitable, tôt ou tard, elle ne doit pas être un lieu de défaite. Ce que nous pouvons léguer de plus précieux à nos enfants, c’est cette lanterne secrète : la certitude que chaque nuit peut être transfigurée par l’émotion poétique, révélant, au-delà même de la cécité commune, la structure invisible d’un monde qui attend, toujours, d’être réinventé.
Lorsque les femmes vivent leur maternité comme une fonction de survie, de gestion mécanique car elles n’ont plus la disponibilité émotionnelle pour fertiliser leur propre esprit, ne diffusent-elles pas, malgré elles, le reflet d’une présence rétractée ? Il faut parfois que les tisseuses puissent cesser leur ouvrage pour redevenir le rêve lui-même.
Je crois cela : la transmission n’est pas une construction délibérée, mais une émanation de l’être. On ne transmet pas ce que l’on veut, ni même ce que l’on croit savoir ; on transmet ce que l’on est : la manière dont nous habitons notre vie, notre corps, la texture même de notre présence. La véritable passation se fait dans une espèce d’état somnambulique – une imprégnation silencieuse, non consciente, de tout ce qui nous constitue. Ce qu’on appelle la « réussite éducative » doit – à mon sens – être remplacée par la quête d’une « vitalité intérieure » qui sera plus contagieuse que n’importe quelle leçon. Or, on ne peut donner ce qu’on n’a pas le temps de cultiver en soi. L’un des dangers qui guette nos jeunes mères, pour moi, est précisément ce retrait invisible de l’âme qui, pour survivre à la fatigue et la répétition du nécessaire, se recroqueville en elle-même.
J’ose ici poser la question de la responsabilité collective, non pas comme un fardeau, mais comme un acte de résistance poétique, comme la nécessité de veiller à la qualité du monde que nous sommes constamment en train de bâtir, d’une génération à l’autre. Comment pouvons-nous, chacun à notre échelle, contribuer pour que la maternité ne soit plus vécue comme une exécution mais comme une immersion, une création ultime ? Comment faire pour préserver cette « vitalité intérieure », qu’elle ne soit pas le privilège de quelques-unes, mais une base fondamentale pour chaque mère, chaque parent qui accueille la vie ?
Prendre soin des mères n’est pas un acte de charité, c’est un acte de transmission poétique et mystique. C’est reconnaître que le devenir de l’humanité ne se joue pas dans la performance des gestes accomplis, mais dans ce ruissèlement de lumière qui se propage d’un être à l’autre. C’est considérer le soin comme un fondement du devenir. C’est entendre que, si la mère s’éteint brusquement (qu’elle est déprimée, embourbée, dépassée…), une part de la beauté du monde pourrait s’éteindre avec elle. Une part de sa stabilité peut-être.
Dans Le roman moderne, cherchant à saisir « l’esprit qui divague », Virginia Woolf nous rappelle que la vie n’est pas une série de gigues symétriques, de « lanternes de fiacre disposées symétriquement » – cette linéarité rassurante mais artificielle. C’est au contraire « un halo lumineux, une enveloppe semi-transparente qui nous entoure depuis le commencement de la conscience jusqu’à la fin. » Et, dans ce halo persistant, l’existence nous parvient comme un faisceau de lumières intermittentes, d’impressions fugitives – « naïves, fantastiques, évanescentes, ou gravées avec le tranchant de l’acier. Elles viennent de tous les côtés, telle une pluie incessante d’innombrables atomes. » Au milieu de ces intermittences, la mère est peut-être celle qui recueille cette pluie d’atomes et réassemble les éclats pour donner une forme cohérente. Celle qui assure la continuité du sens par un travail permanent de « rémanence lumineuse ».
Dans ses journaux et son œuvre, Sylvia Plath est sans doute celle qui a le mieux exprimé la rage de ne pas pouvoir être « tout à la fois ». Elle considérait la maternité comme une force qui diminuait son instinct poétique au lieu de le décupler, tant elle était accaparée et débordée par l’enfant.
« Je suis une femme, donc je ne peux gagner. Je suis un poète, donc je ne peux gagner. » (Sylvia Plath, Journaux : 1950-1962)
Pour Plath, l’épuisement n’est pas qu’une question de fatigue, c’est une déchirure dans l’identité. Dans son œuvre The Bell Jar, Plath a exploré ce sentiment d’être enfermée sous une « cloche de détresse », un dôme de verre transparent mais étouffant où la personne voit le monde à travers une paroi déformante. Si, dans son roman, cette cloche symbolise l’errance d’une jeunesse féminine aux horizons bouchés, elle devient, dans son expérience réelle de mère, une vraie limitation psychique. Dans ses journaux, Plath dépeint le sentiment d’être « une personne à moitié », trop aspirée par les soins domestiques pour retrouver sa concentration d’autrefois.
C’est précisément ici que le « prendre soin » des mères révèle sa dimension politique et existentielle. Il ne s’agit pas seulement de soulager une fatigue physique, mais de briser cette cloche de verre pour que la mère demeure, avant tout, un individu souverain. Soutenir une mère, c’est veiller à ce que la naissance de l’enfant ne coïncide pas avec l’effacement de son identité. C’est lui offrir l’accompagnement nécessaire pour qu’elle ne soit pas réduite à sa seule fonction protectrice, mais qu’elle puisse continuer d’habiter son propre destin pour, à son tour, transmettre cette liberté d’être à l’enfant.
Or, cette liberté a sans doute besoin d’une structure sociale pour être soutenue. Dans notre modernité pressée, nous avons commis, je crois, un oubli architectural : nous avons perdu le « village ». Le « village » dont je parle ici est ce que Édouard Glissant aurait pu appeler une « Relation ». Dans son approche, l’individu n’est pas une île mais un archipel. Une île seule est vulnérable (identité-racine fermée), un archipel est un ensemble de terre reliées aux autres par la mer (identité-relation). De même, la philosophie du soin de Carol Gilligan nous rappelle que la morale ne commence pas par des principes abstraits, mais par la reconnaissance de notre interdépendance. Elle souligne que l’autosuffisance est une illusion dangereuse : notre humanité réside précisément dans la compréhension de ce qui nous lie. Et, comme le souligne Christiane Singer dans Du bon usage des crises, rien, strictement rien n’est d’ordre privé puisque tout ce que nous vivons dans la sphère intime a des répercussions bien plus vastes sur ce qui nous entoure.
En nous privant du village, nous avons transformé un acte naturel de solidarité en une responsabilité privée. Le démantèlement des liens communautaires a transformé la maternité en une performance solitaire. Ce qu’on pourrait appeler « une maternité insulaire », détachée de son archipel. Or, exiger qu’une seule personne remplisse tous les rôles, sans le relais du groupe, me semble être une anomalie historique. Dans presque toutes les cultures traditionnelles, des rituels de soins étaient organisés autour de la mère, sous la forme d’une réclusion protectrice. Nous pouvons évoquer le concept du « Mois d’Or » : En Chine (le Zuo Yuezi), en Amérique Latine (la Cuarentena) ou au Maghreb, la mère était interdite de tâches domestiques pendant au moins 30 jours, parfois plus. De même, en Europe, avant l’urbanisation massive et la révolution industrielle, la maternité n’était pas un apprentissage solitaire, puisque les générations cohabitaient entre elles. Ce village n’est pas une utopie : il fut, pendant des millénaires, la norme de notre espèce, avant que l’exil urbain et le confinement de la cellule familiale dans des appartements ne viennent briser cette chaîne de transmission par le geste et le regard. En réalité, ce village est une réponse anthropologique globale au besoin de préservation de la vie. Ce n’était pas qu’un lieu géographique, mais un socle ontologique qui soutenait les mères dans les moments de doute, de craintes, de surmenage. Un lieu où le soin était distribué, où la mère était couvée pour, à son tour, pouvoir s’occuper de l’enfant. Un lieu où la transmission se faisait par contact, car les jeunes filles apprenaient des mères (qu’elles observaient) avant de devenir mère elles-mêmes – intégrant les gestes par imitation et non de manière intellectuelle comme c’est parfois le cas de nos jours. Un lieu où il existait bien une reconnaissance collective de la fragilité du post-partum : toute une famille, très élargie parfois (grands-parents, voisins, amis…) était là pour répondre, rassurer, conseiller, soigner, absorber la surcharge. Le nouveau venu faisait partie d’un grand tissage humain, il n’avait pas qu’un seul miroir devant lui (celui de sa mère).
L’enjeu n’est pas ici de revenir en arrière, et de céder à la nostalgie d’un passé dont nous connaissons aussi la rudesse et les contraintes, mais de réinventer des espaces de résonance et d’entraide. De chercher comment construire un « village symbolique » qui soulagerait la mère d’une tension excessive, d’une fusion épuisante. D’envisager une refondation du regard sur la maternité. Sans doute ne pourra-t-on jamais supprimer la solitude intrinsèque de la maternité, mais au moins pouvons-nous empêcher qu’elle ne devienne un isolement pathologique. L’instinct maternel n’est pas une réserve inépuisable qui surgirait automatiquement avec la naissance, mais une lente floraison qui demande des conditions propices pour s’épanouir. On ne peut demander aux mères d’être des piliers, en oubliant qu’une colonne, même la plus solide, finit par s’effriter si elle n’est pas adossée à une structure plus vaste.
J’ai récemment discuté avec un ami qui habite un petit village où les naissances se multiplient, étonnamment. Il m’explique que là-bas, une naissance est un événement qui met tout le groupe en mouvement. Les voisins déposent des plats chauds, se relaient au chevet des mères qui le souhaitent pour leur offrir du repos, gardent les aînés si besoin… Dans ce village, on n’a plus peur de donner la vie, car on sait que cette vie sera irriguée par une présence continue, diffuse et attentive. La solidarité y est devenue le premier nutriment de l’enfant.
Adrienne Rich, dans son œuvre Of Woman Born (1976), suggère que la culpabilité ressentie par certaines femmes n’est pas un défaut personnel, mais les conséquences d’un système qui impose que la mère soit à la fois une « machine productive » (qui doit essayer de maintenir ses activités d’autrefois) tout en étant une « nourricière dévouée », sans jamais lui laisser le temps de la métamorphose. Rich explique que la maternité n’est pas une simple parenthèse, un incident de parcours, c’est un bouleversement existentiel, une déflagration de l’être. C’est une rupture de la frontière identitaire car sa conscience est désormais déportée vers un autre (ce qu’elle appelle la « conscience divisée »). Cela modifie les fondations mêmes de son existence, sa perception du temps (complètement fragmenté), du corps (devenu un « territoire public » pour l’enfant), d’elle-même. Or, pour Rich, notre société fonctionne sur un temps linéaire et productif qui appelle à nier le temps biologique. La maternité, elle, est calée sur un temps cyclique, lent, et non-productif (l’allaitement, le sommeil, l’attention pure à l’instant). Elle explique ainsi que le système impose que la mère effectue une transition instantanée, sans laisser à son corps ou son esprit, l’opportunité de se réorganiser.
Rich distingue cependant deux choses : l’expérience, qui est pour elle le lien poétique, le tissage du rêve, la puissance de donner la vie – et l’Institution, qui est le carcan social qui dicte ce que doit être la mère (disponible et performante). Là où l’institution veut une récupération rapide (physique, émotionnelle, professionnelle), l’expérience exige une initiation lente.
De cet écart peut naître un sentiment d’aliénation. La mère se sent coupable car elle échoue à satisfaire l’institution (la mère fonctionnelle), tout en sacrifiant l’expérience (la joie du lien) sur l’autel de l’efficacité.
Aussi, nous pouvons imaginer qu’un « village symbolique » aiderait à recoller ces fragments de temps, à restaurer les frontières du soi, à diluer la culpabilité par le partage des tâches, à valider la puissance de la mère en reconnaissant qu’elle vit une transformation philosophique majeure et non une simple « gestion de foyer ». Imaginons ce village comme un archipel de présences où chaque île, bien que distincte, est reliée aux autres par un courant invisible. Ce qu’on pourrait appeler une géographie de la tendresse. En veillant sur la mère, nous l’aidons à tisser ce lien poétique avec celui qu’elle met au monde (à qui elle donne un monde), qui est aussi le lieu d’une puissance sauvage, charnelle. Nous pouvons imaginer que l’enfant s’élancera vers la vie avec l’assurance d’avoir été élevé (au sens vertical du terme) par une mère qui a, elle-même, été vue, reconnue et soutenue. L’enfant saura, à son tour, qu’il n’est pas venu seul sur cette terre, et qu’il appartient, lui aussi, au cercle de présences qui fonde notre avenir commun.
Chanson Mother blues (paroles)
You’re so frail my love
so easily broken
as I am
and I cry
more than you do child
Who told me the road
would be so lonely ?
Where are the women who shared all their wisdom, heal the mother, where are the women ?
Where are the men who safeguard the holy life, hold the mother, where are the men ?
Where is the clan of friends who rallies around you, help the mother, where is the clan ?
You’re afraid my love
So easily impressed
As I am
And I lie
More than you do child
Who told me the load
Would be so heavy
Where are the women who shared all their wisdom, heal the mother, where are the women ?
Where are the men who safeguard the holy life, hold the mother, where are the men ?
Where is the clan of friends who rallies around you, help the mother, where is the clan ?