Charlie et la barbarie? Triple gifle

Vendredi 9 janvier 2015

Le seul avantage de cette semaine, c’est qu’on n’oubliera pas la date d’ouverture de Let-Know café, ce début janvier 2015, ces jours-là que le journal Le Monde qualifie de 11 septembre Français. Certes notre 11 septembre n’a pas l’ampleur en pertes humaines de celui des américains. Mais pourtant, quelle gifle symbolique. Une gifle qui repasse trois fois en plus. La première gifle est infligée par la brutalité de l’annonce au premier moment : « 12 morts dans un attentat à Paris »… Paris, la même ville où quelques jours plus tôt, nous nous promenions en famille à quelques encablures de ces lieux de drame. La violence-fiction sort de la télé pour nous hurler qu’elle est réelle en fait, et qu’elle peut nous bouffer, nous aussi à tout moment, si tous on ne fait pas gaffe. La deuxième gifle est celle des visages assassinés qui faisaient partie de notre vie, de notre histoire depuis tout petit, depuis le club Dorothée avec Corbier et Cabu, et plus récemment dans les joutes radiophoniques espiègles entre Bernard Maris et Dominique Seux. Oui effectivement, on nous oblige ici à faire un deuil multiple. Mais il y a une troisième gifle qui passe là un temps plus tard des deux premières et qui elle, fait le plus mal au final. Retour de bâton amer de toutes ces interventions de Let-Know café que nous avons menées pour dire l’air bien malin à l’auditoire, que le monde n’est pas blanc ou noir. Et on envoyait du lourd… cette phrase du vieux Claude* qui nous dit que le barbare est d’abord celui qui croit à la barbarie. Voile noir et vide intersidéral ! Qui est Charlie ? Qui est le barbare ? …  Et merde ! Allez collègues, crayons au poing, esprits à plein régime, vomis juste derrière les amygdales, il faut y aller là, sans trembler, sans maudire, sans expliquer. Il faut tenter de comprendre ce qui semble incompréhensible. Pourquoi Cherif, Said et Amedy ont-ils tué ? Une histoire de gènes mal foutus ? Une histoire de vie mal foutue ? Une humanité mal foutue ? Et si ce que l’on raconte aux gens dans nos interventions est juste, est-il donc vrai que si nous étions né et avions vécu à leur place, on aurait peut-être fait la même chose ? Mais qu’est-il donc arrivé à ces trois-là ? Et que nous arrive-t-il donc à nous ? N’avons-nous pas chacun à notre niveau une part de responsabilité dans ce malheur ? Ouachh… Y a du taf, les collègues, et quelle responsabilité !

JF

*LEVI-STRAUSS Claude. Race et Histoire.