Synthèse de l'axe de recherche sur la méthode

Synthèse de l'axe de recherche sur la méthode

Notre réflexion sur l'épistémologie est née à notre venue au monde des idées, mais elle est devenue plus impérieuse une fois immergés dans la médecine. Nous entendons par épistémologie la démarche qui réfléchit sur la science et sur la connaissance. Elle est en quelque sorte la philosophie de science dans laquelle nous nous reconnaissons. Le médecin doit très vite se débrouiller avec ces questions. Quel savoir choisir dans la foultitude des savoirs disponibles, des écoles de pensées, des différents mouvements (alternatifs, académiques, hospitaliers...), de l'allégeance ou non aux explications des professeurs? Jean illustre bien cet état de fait chez les médecins généralistes de son quartier d'exercice, qui tous ont un point de vue propre et parfois très différent, par exemple sur la vaccination contre l'hépatite B. Certains la défendent mordicus. D'autres se battent contre elle. Et tous sont passés par la même université, les mêmes professeurs, et travaillent derrière la même plaque professionnelle. Alors comment savent-ils ceux-là?

Dans sa thèse de doctorat en anthropologie, notre gérant a approché certains des mécanismes : la construction identitaire, les rapports de pouvoir, les contraintes du langage, la quête de sens. On a débattu de l'apprentissage du médecin au contact du travail des scientifiques et de l'expérience qui se déroule dans le quotidien du cabinet. Mais comment pouvons-nous avancer cela sans interroger et expliciter notre méthode? Une autre question doit ainsi chercher réponse : comment savoir ce qu'ils savent?  C'était précisément pour appréhender les connaissances des soignants que nous nous sommes dirigés vers l'anthropologie. Et passée l'excitation des débuts de ce nouveau cursus universitaire après celui de la médecine, et une certaine fascination, rien de neuf sous le soleil. Les écoles de pensées s'opposent, les professeurs nous expliquent la vie, et nous demandent de suivre la marche.

Il nous fallait donc chercher encore ailleurs notre épistémologie, qui sortirait de cette tendance à l'explication qui, plus qu'elle ne le déconstruit, reconstruit la monde à sa façon. Des auteurs alors nous ont aidés à expliciter notre propre point de vue sur les choses. Georges Devereux, et son ouvrage «de l'angoisse à la méthode», nous a autorisé à penser qu'il est aussi important d'étudier l'observateur que l'observé. Pierre Bourdieu, dans « science de la science et réflexivité» enfonce le clou : il faut historiciser le sujet d'historicisation et objectiver le sujet d'objectivation. La réflexivité devient alors définitivement notre ligne de vie. Plus que d'expliquer l'autre, il faut comprendre la situation qui abrite la rencontre entre le sujet et l'objet de recherche. Le chercheur fait partie intégrante de la scène de recherche. Et puis Bruno Latour s'en est mêlé dans son texte «sur la pratique des théoriciens (In BARBIER, Jean-Marie (dir.). Savoir Théorique et savoir d’action)». Il nous a proposé de dynamiter la colonne faite de nos savants et théoriciens. En théorie les théories existent, en pratique, elles n'existent pas. Et comme l'avance  Ludwig Wittgenstein («De la certitude»), plus nous allons dans le sens de généralisations explicatives, plus ce que nous croyons éclairer en fait s'obscurcit. Francisco Varela nous a marqué dans ce sens à décrire dans «l'inscription corporelle de l'esprit» cette expérience où des chatons, trainés pendant des semaines sur une carriole tirée par d'autres chatons, sont incapables de se diriger une fois revenu à terre.  Ils sont comme aveugles. C'est donc l'engagement dans l'action qui va donner accès au réel. Et de ce que dit l'auteur, nous comprenons que le monde que chacun peut voir n'est pas le monde mais un monde que nous faisons émerger avec les autres. Et le monde serait différent si nous vivions différemment. Là, les limites de nos savoirs, ceux du savant comme ceux de tous les autres, se trouvent ainsi bornées. Et c'est dans ce cadre qu'il faut reprendre la marche et chercher encore à comprendre.

La réflexion menée sur la connaissance et la construction du savoir en action devrait démontrer que la science, en responsabilité, peut se diriger autrement que dans le seul engagement entre l’objectivisme ou le subjectivisme. Une alternative pourrait être selon nous, de tenter plutôt de distinguer, « ce qui va de soi » de « ce qui va de l’autre ». La phénoménologie de Merleau-Ponty  et sa description de nos mondes privés, nous en montrait déjà le sens : « Revenir aux choses mêmes, c’est revenir à ce monde avant la connaissance » (1945, p.III).  

Á partir de là, il nous faut poursuivre, avancer, chercher encore. Ce sont les courants de l'herméneutique post-Nietzschienne et de la phénoménologie qui va nous falloir fouiller de fond en comble! Et nous allons aussi interroger et nous laisser éclairer par les américains, les pragmatiques notamment, philosophes et psychologues, comme William James et John Dewey, et les interactionnistes comme Anselme Strauss. Revenez nous voir ! Vous aurez bien vite de leurs nouvelles!

 

Le plan de l'axe

Synthèse de l'axe de recherche sur la méthode

Journal de recherche sur la méthode

Partir du camp de base

Quitter le savant dictateur

Le jeu des publications

Suivre quel guide?

Partir de la singularité

Nos mondes privés

Des objectivités sans sujet?

Recherche et engagement?

Précédents travaux sur la méthode