L'organisation néolibérale du monde

LE LIBERALISME

11/2015-BIBLIO : L’argent devient son propre sens.

« Faire la part de l’argent sale et de l’argent propre sera de plus en plus délicat car le pouvoir de l’argent déstructure les hommes et les sociétés. Il tend à se déconnecter des échanges et des rapports qu’il signifiait. Sa circulation tient lieu de sens et se substitue aux échanges et rapports sociaux qu’il suppose et qui autorisaient une mesure de valeur. Parce que de moyen il est devenu une fin, l’argent provoque ce mouvement de dérégulation incontrôlé qui est la source des effets pervers de la globalisation. Pour apprécier positivement la globalisation, il conviendrait d’identifier les instances susceptibles de rendre pensable et possible un pouvoir multilatéral coordonné, régulateur global. Nous en sommes loin, partagés entre une technocratie néolibérale multilatérale, (Banque Mondiale, Union Européenne, FMI), dont le pouvoir est clairement illégitime et non démocratique et des chefs d’État réduits à prononcer des discours creux devant des auditoires fouillés à l’entrée de la salle. De telles farces politiques manifestent le déficit politique de la globalisation, l’absence de choix qu’elle signifie ». (p.151)

HOURS Bernard. Domination, dépendances, globalisation. Tracés d’anthropologie politique. Paris : l’Harmattan, 2002, 177p

LE CAPITALISME

20/03/2016 – BIBLIO : le capital au détriment du travail. OXFAM

« L'une des principales raisons alimentant cette incroyable concentration des richesses et des revenus est la croissance des rendements en faveur du capital, au détriment du travail. Dans la quasi-totalité des pays riches et dans de nombreux pays en développement, la part du revenu national revenant aux travailleurs a chuté. Autrement dit, les travailleurs récoltent de moins en moins les fruits de la croissance. A contrario, les détenteurs de capitaux ont vu leur capital constamment augmenter (sous la forme d'intérêts, de dividendes ou de bénéfices non distribués) à un rythme supérieur à celui de la croissance économique. L'évasion fiscale pratiquée par ces détenteurs de capitaux et la réduction de la fiscalité sur les plus-values ont encore renforcé ces retours sur capitaux».

OXFAM (2016). Une économie au service des 1%. Document d’information d’OXFAM 210. Résumé. 18 janvier 2016. p5-6

 

25/03/2016 – BIBLIO : Thomas PIKETTY et le capitalisme au XXème siècle

« Dès lors que le taux de rendement du capital dépasse durablement le taux de croissance de la production et du revenu, ce qui était le cas jusqu’au XIXème siècle et risque fort de redevenir la norme au XXIème siècle, le capitalisme produit mécaniquement des inégalités insoutenables, arbitraires, remettant radicalement en cause les valeurs méritocratiques sur lesquelles de fondent nos sociétés démocratiques » p. 16

« Si de surcroît le taux de rendement du capital s'établit fortement et durablement au-delà du taux de croissance (ce qui n'est pas automatique, mais est d'autant plus probable que le taux de croissance est faible), alors il existe un risque très fort de divergence caractérisée de la répartition des richesses. Cette inégalité fondamentale, que nous noterons r > g - où r désigne le taux de rendement du capital (c'est-à-dire ce que rapporte en moyenne le capital au cours d'une année, sous forme de profits, dividendes, intérêts, loyers et autres revenus du capital, en pourcentage de sa valeur), et où g représente le taux de croissance (c'est-à-dire l'accroissement annuel du revenu et de la production) -, va jouer un rôle essentiel dans ce livre. D'une certaine façon, elle en résume la logique d'ensemble.
Lorsque le taux de rendement du capital dépasse significativement le taux de croissance - et nous verrons que cela a presque toujours été le cas dans l'histoire, tout du moins jusqu'au XIXe siècle, et que cela a de grandes chances de redevenir la norme au XXIème siècle, cela implique mécaniquement que les patrimoines issus du passé se recapitalisent plus vite que le rythme de progression de la production et des revenus. Il suffit donc aux héritiers d'épargner une part limitée des revenus de leur capital pour que ce dernier s'accroisse plus vite que l'économie dans son ensemble. Dans ces conditions, il est presque inévitable que les patrimoines hérités dominent largement les patrimoines constitués au cours d'une vie de travail, et que la concentration du capital atteigne des niveaux extrêmement élevés, et potentiellement incompatibles avec les valeurs méritocratiques et les principes de justice sociale qui sont au fondement de nos sociétés démocratiques modernes. » p.55

PIKETTY Thomas (2013). Le capital au XXIème siècle. Paris : Editions du seuil, 970p.