Les ONG

11/2015-BIBLIO : Les ONG, dénonciatrices et/ou complices de la globalisation

« [Les ONG] apparaissent à la fois comme des instruments de domination et de libération dans un contexte d‘interdépendance généralisée qui justement attache ensemble, apparente libération et réelle domination, dans une dialectique particulière constituant peut-être l’essence de la globalisation. Comme le développement n’apparaît que comme une somme de projets sans résultats irréversibles, la libération relative et sectorielle qu’évoquent les ONG n’est peut-être que l’ingrédient nécessaire, en forme de soupape de sécurité, qui autorise une reproduction statistiquement probable de la domination. Celle-ci n’est pas de l’ordre du consentement à la domination ou de la servitude consentie, mais simplement du tolérable dès lors que les arènes politiques sont désertées par des sujets politiques qui ont perdu  cette qualité après le passage de l’idéologie humanitaire.

Les ONG apparaissent donc comme le lien irremplaçable entre l’exploitation globalisée générée par le capitalisme dérégulé et délocalisé, source d’exclusion et marginalités à risque d’une part, et la voix répercutée des catégories les plus éprouvées par cette exploitation violente d’autre part. Tant que ce lien fonctionne la révolte apparaît une comme une extrémité et non comme une nécessité inéluctable. Les ONG participent donc indirectement à une entreprise de domination réelle en servant de relais pour internaliser dans les différentes sociétés où elles interviennent des normes présentées comme raisonnables, c’est-à-dire compatibles avec une exploitation rationnelle, morale et efficiente des hommes appelée pudiquement gouvernance. À ce titre, elles constituent un ancrage de la domination puisque leur objectif vise des normes minimales de dignité et non une aspiration affirmée à la justice désormais réservée aux maquis des guérillas locales. Ces normes rendent tolérables les franges de l’intolérable, ces marges où le profit est maximal.» (p.118)

HOURS Bernard. Domination, dépendances, globalisation. Tracés d’anthropologie politique. Paris : l’Harmattan, 2002, 177p