Les institutions internationales

19/01/2016 – BIBLIO : la faible capacité de développement des organisations internationales. Franck Petiteville

 « On se bornera à rappeler que les processus dits de développement renvoient à des transformations structurelles, profondes, et de long terme, des économies et des sociétés concernées, sur lesquelles les organisations internationales n’ont de prise qu’à la marge. Il existe des pans entiers de littérature de sciences sociales du développement depuis des décennies pour attester en effet que les organisations internationales ont une capacité très limitée à « produire du développement ». Mais cela n’empêchera en rien les organisations internationales de continuer à remobiliser en faveur du développement et de la réduction des inégalités mondiales dans les années à venir, tant ces thèmes sont au cœur de leur raison d’être. »

PETITEVILLE Franck. Bilan contrasté des organisations internationales. In BADIE Bertrand, VIDAL Dominique (2015). Un monde d’inégalité. L’état du monde en 2016. Paris : la découverte, 2015, p.96-98
 

LES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS

03/12/2015 - BIBLIO : Rompre avec l’aide. Gisèle Dutheuil

« Les pays africains ont été contraints, au lendemain des « indépendances », d'hériter des dettes que les anciennes puissances coloniales avaient contractées pour les exploiter. À peine « libérés », ils ont été considérés insolvables par les agences de notation financière. Exceptés l'Afrique du Sud et le Zimbabwe, dirigés par des majorités blanches, ils ont été quasiment interdits d'accès au marché des capitaux et ont donc été contraints de sous-traiter leur « développement» auprès des institutions de Bretton Woods.

Depuis, une source très importante de l'endettement des pays d'Afrique subsaharienne provient des prêts du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale (BM).

Alors qu'ils s'adressent aux pays les plus pauvres de la planète, les prêts octroyés sont soumis à des taux d'intérêt scandaleux et à des conditions draconiennes pour les bénéficiaires qui se voient contraints, par ces institutions, à des politiques économiques austères devant, en théorie, assurer leur développement: privatisations massives des secteurs clé de l'économie, désengagement de l'État des programmes sociaux (santé, éducation, etc.). Cependant, selon le propre constat de ces institutions, l'essentiel des programmes imposés ont été des échecs. L'Afrique se retrouve donc avec ses dettes sans avoir bénéficié du moindre recul de la pauvreté. Au contraire, la richesse par habitant diminue au point d'être plus faible aujourd'hui qu'en 1970. Un ivoirien sur deux vit aujourd'hui avec moins d'un dollar par jour, soit environ 600 CFA. Le montant de la dette en Côte d'Ivoire est désormais de 6 300 milliards de francs CFA, ce qui représente 60% de son produit intérieur brut (PIB). Et, situation totalement surréaliste, le pays rembourse plus qu'il ne reçoit de ces institutions si bien que, pour la seule année 2008, la Côte d'Ivoire a dû rembourser 251,8 milliards alors qu'elle n'a reçu que 60,14 milliards'. Ce qui représente, en pleine période de crise, un transfert net de capitaux de presque 192 milliards de francs CFA au profit des institutions financières internationales et au détriment de la Côte-d'Ivoire. On est en droit de se poser la question: Qui aide qui? Le terme d'aide semble totalement inapproprié. Les pays pauvres se voient dans l'obligation d'avoir recours à de nouveaux emprunts pour rembourser les précédents et, dans ce cercle vicieux, les pays riches tiennent les plus pauvres en laisse en les soumettant à leurs politiques destructrices.» (p.90)

DUTHEUIL Gisèle. Rompre avec l’aide, In DUTHEUIL Gisèle, KOULIBALY Mamadou. Afrique, oser une nouvelle voie (2009). Paris : L'Harmattan, 144p.

 

07/01/2016 – BIBLIO : Les mesures d’ajustement structurel du FMI. Omar Atkouf, professeur de Management à HEC Montréal.

« Washington où siège la Banque Mondiale (BM) et le Fond Monétaire International (FMI), va se mettre à dicter au reste du monde et surtout aux pays faibles, en quasi banque route, comment appliquer la bonne science économique. Cela va s’appeler « les mesures d’ajustement structurel » ou le « plan d’ajustement structurel » dicté par le FMI avec les prêts de la banque mondiale à côté, aux différents pays être concernés. Il y a eu des dizaines de pays précipités dans le chaos à cause justement des mesures du FMI et de la BM. Ces mesures sont trop longues à détailler entre les mesures d’ajustements des fondamentaux, des cycles de cours termes… passons. On peut résumer ses mesures aux 4 les plus importantes :

1.    Réduction des dépenses de l’Etat.
La première de ces mesures que l’on imposait à ces pays en voie de cessation de paiement, donc de misère absolue, c’était le non déficit gouvernemental ou la réduction du déficit du gouvernement, c’est-à-dire la réduction des dépenses de l’Etat.

2.    Privatisations :
Privatisations ? Qui va acheter ? Des opérateurs locaux, il n’y en a pas… Si il y avait de l’argent local suffisant pour acheter des compagnies entières de pétrole ou de phosphate, de fer, le pays ne serait pas dans le misère dans laquelle il est. Donc on en arrive à aggraver l’extraversion de ces pays du tiers-monde en faisant en sorte qu’ils bradent les derniers intérêts économiques qui étaient nationaux, a des intérêts étrangers. Donc ce sont des multinationales qui, en plus de délocaliser (il devient de moins en moins cher à ces entreprises de produire dans ces pays par rapport à leurs pays d’origines), vont pouvoir se procurer à vil prix, des installations, des capacités de productions, de traitement de sucre, de pétrole, de gaz, ou d’acheminement de minerais, etc,.. À vil prix. Cela a coûté très cher à l’économie nationale de ces pays-là.   

3.    Dévaluation de la monnaie
La dévaluation de la monnaie locale, cela veut dire que tout d’un coup, pour des pays déjà pauvres, tout ce qui est importé devient tout d’un coup proportionnellement plus cher que le niveau de dévaluation de la monnaie. Quand le franc CFA a été dévalué tout d’un coup de moitié, dans le début des années 1990, et bien instantanément, le tiers de l’Afrique, se retrouve du jour au lendemain avec un pouvoir d’achat qui dégringole de moitié. Donc votre salaire qui vous permettait de vivre avec un certain niveau de vie, ne vous permet plus que la moitié de ce niveau de vie là. Alors là, c’est une inflation immédiate de 100%. Et a cela se combine le fait que les produits manufacturés, semi-manufacturés, raffinés, que l’Afrique importe de l’étranger, deviennent tout d’un coup deux fois plus chers. Vous combinez ça avec les effets de la dévaluation localement de la monnaie, et vous avez des produits et des services qui vous coûtent 4 à 5 fois plus chers, mais vraiment du jour au lendemain. Les produits locaux qui ont besoin de liant, de solvant, de peinture, évidemment, 2,3,4 mois plus tard deviennent 2,3,4 fois plus cher que ce qu’ils ne sont aujourd’hui

4.    Réorientation de l’économie nationale vers les exportations
Si on demande aux pays africains d’accentuer la production de produits exportables, premièrement on les met en concurrence entre eux. Les pays producteurs de café se mettent à produire tous de plus en plus de café, pareil pour le cacao ou le pétrole, la bauxite, le sucre, le blé. Deuxièmement, tous les produits de base voient leur prix chuter. Et troisièmement, cela se combine à l’effet d’inflation dont je viens de parler par la dévaluation de la monnaie et à l’augmentation automatique du prix de tout ce qui est importé. On prétend vouloir l’intérêt de ces pays, mais on assiste à l’inversion de l’intérêt pour ces pays : tout ce qu’ils importent leur coûte de plus en plus cher et tout ce qu’ils exportent leur rapporte de moins en moins. Ils rentrent dans une spirale de surendettement qui fait qu’aujourd’hui, au moment où l’on se parle, en 2002, le service de la dette de la plupart des pays les plus pauvres, peut représenter jusqu’à 600 fois leurs recettes d’exportation.

5.    La vérité des prix
La vérité des prix, c’est la baisse des subventions pour les produits de première nécessité ou de dignité du citoyen. Donc on ne subventionne plus les logements, la santé, l’huile, le riz, les transports. On ne subventionne plus rien et on décrète la vérité des prix. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’en terme de dollars, tous les prix deviennent équivalent à l’échelle de la planète. Autrement dit, si vous voyagez en dollars, partout dans le monde, les mêmes produit ou service vous reviennent au même prix. Que vous alliez à Cotonou ou à Chicago, votre chambre d’hôtel ou votre repas, vous le payez à peu près au même prix en dollar. Mais à Cotonou, une nuit de cet hôtel représente six mois de salaire pour un employé de la fonction publique du Bénin. Un repas dans cet hôtel est une semaine de travail d’un petit fonctionnaire.

6.    Libéralisation des investissements et vérité des salaires
Après la vérité des prix, la vérité des salaires. En fait cela consiste à faire glisser tous les salaires, vers les salaires les plus bas par secteur, et ce soi-disant, avec le mouvement de libéralisation ou libération de l’échange. Par exemple, lorsque l’on décrète la zone ALENA de libre échange Mexique-Etats-Unis-Canada, les salaires vont tout naturellement glisser du niveau américain vers le niveau mexicain. C’est ce qui va se passer car on met en concurrence les travailleurs mexicains, avec les travailleurs américains et canadiens. En délocalisant au Mexique, on prétend que l’ALENA a créé des emplois au Mexique. En terme net, 6 ou 7 ans après, dans toute la région du nord du Mexique, les multinationales américaines qui s’y sont installées, ont fermées proportionnellement aux Etats-Unis. C’est ça qu’il faut comprendre : il y a eu des suppressions d’emplois payés à des niveaux très élevés par rapport au Mexique pour créer entre guillemet des emplois au Mexique, mais payé infiniment moins. Depuis ces 5 dernières années, le niveau moyen des salaires dans cette région la plus active, la plus riche du Mexique, a baissé en terme net de 23%. Cela veut dire qu’il y a 5 ans, un ouvrier chez General Motors, installé dans le nord du Mexique pouvait survire avec une famille d’un enfant. Aujourd’hui, il ne peut plus. Et les bidonvilles se remplissent… Suisse Air fait toute son exploitation comptable et informatique à Bombay en Inde. Et à Bombay, l’expert-comptable vous coûte 100 fois moins cher.

Ce qui m’embête, c’est que lorsque l’on combine ces 6 mesures, on arrive à une situation où les pays riches sont infiniment plus riches et les pays pauvres sont infiniment plus pauvres. Et moi, je vois avec effarement la Banque Mondiale et le FMI contribuer à cela sans tirer aucune leçon de l’histoire. Pourquoi ?
Pourquoi ne tire-t-on aucune leçon de l’histoire ? Parce que l’on a intérêt à ce que survive cette idéologie qui explique le monde, tant que la planète dans son ensemble est exploitable dans ce sens-là.

BROUILLETTE Richard (2008). L’encerclement. La démocratie dans les rets du néoliberalisme..  Avec Noam Chomsky, Ignacio Ramonet, Normand Baillargeon, Susan George, Omar Aktouf, Bernard Maris, Michel Chossudovsky, François Denord, François Brune, Martin Masse, Jean-Luc Migué, Filip Palda, Donald J. Boudreaux. Documentaire, Les Films du paradoxe,160min, 16mm, 2008
 

13/01/2016 – BIBLIO : La prison des experts internationaux.  Jean-Pierre Olivier de Sardan

« Le Niger est un pays « sous régime d’aide ». Nous dépendons beaucoup de la rente du développement. En fait cette rente (comme la rente pétrolière) a beaucoup d’effets pervers. Plutôt que de développer les initiatives locales, l’ingéniosité populaire, ou les réformes venant de l’intérieur, l’aide au développement induit la dépendance, les stratégies de captation et l’addiction aux réformes venant de l’extérieur. Les institutions de développement implantent sans cesse chez nous de nouveaux « mécanismes miracles » standardisés, élaborés par des experts internationaux, non adaptés aux contextes nigériens, de type « prêt à porter », alors qu’il nous faudrait du « sur-mesure ». Les pouvoirs successifs ont une forte tendance à se mettre à la « remorque » des bailleurs de fonds, à accepter tout projet et tout programme dès lors qu’il constitue une manne financière, quand bien même on ne croit pas à son efficacité, quand bien même on ne lèvera pas le petit doigt pour en assurer le succès.

Les meilleurs cadres techniques du pays, et plus généralement les fonctionnaires, ont pour principale ambition (en dehors de la politique) d’être recrutés par des « projets », des ONG ou des institutions internationales : ceux qui restent dans le service public sont aigris, en quête de compensations et d’opportunités de gains, et peu portés à prendre des initiatives réformatrices. Quant aux multiples projets et programmes élaborés et financés par l’aide, au sein des administrations ou vers la société civile, on constate que tout s’effondre dès lors que le financement extérieur et l’assistance technique ou gestionnaire s’arrêtent.

Certes il existe çà et là des politiques nationales menées sans le concours d’experts internationaux et sans le financement des bailleurs de fonds. Mais, le plus souvent, elles sont considérées par ceux qui les mettent en œuvre ou ceux à qui elles sont destinées comme étant elles aussi des rentes qu’il faut s’approprier, le plus souvent aussi, comme les projets de développement. Elles ne sont pas pérennes. Le plus souvent, enfin, elles sont caractérisées par leurs incohérences, leur impréparation et leur manque de rigueur.

Au total, le système de l’aide, que ce soit l’aide projet, l’aide sectorielle ou l’aide budgétaire (les trois restent mêlés), induit une dépendance malsaine et paralysante, du haut en bas de l’Etat comme de la société civile. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, cette prison n’est pas tant imposée de l’extérieur qu’intériorisée par les acteurs nationaux. C’est surtout une prison mentale. On a souvent évoqué les aspects politiques de cette dépendance (« la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »), ou ses aspects économiques (ajustement structurel, macro-conditionnalités néo-libérales), mais beaucoup moins ses aspects « socio-culturels » : perte du sens de l’initiative, adoption de la rhétorique des partenaires et pratiques du double langage, attitudes de « bons élèves », comportements rentiers, passivité, absence de soutien aux innovations locales, primat aux procédures standardisées aux dépens des contextes, faible recours à l’expertise nationale…»

OLIVIER de SARDAN Jean-Pierre. Les quatre prisons du pouvoir. Le républicain de Niamey. 31 décembre 2015.

L'ORGANISATION DES NATIONS-UNIS

 

(à venir)