Les banques et la finance

18/01/2016- BIBLIO : La libéralisation financière nourrit les inégalités

L'ouverture d'un pays aux mouvements de capitaux internationaux bénéficie aux plus riches et pénalise les salaires, affirme une étude du FMI : quand un pays ouvre ses frontières aux grands vents de la finance mondiale, il voit croître ses inégalités sociales. C'est la conclusion d'une étude empirique menée sur 149 pays sur la période 1970-2010. Quant aux mécanismes qui relient les inégalités à l'ouverture financière, le FMI en identifie trois.

1.    D'abord, la libéralisation permet aux plus aisés d'avoir un accès encore plus important au crédit. Dans les pays où tout le monde peut facilement bénéficier de prêts bancaires, la montée des inégalités reste plutôt faible. En revanche, dans les pays de "faible inclusion financière", c'est-à-dire où l'accès au financement bancaire est réservé à une partie plus faible de la population, les inégalités augmentent de manière conséquente.
2.    Ensuite, la libéralisation accroît les chocs liés aux crises financières. Les turbulences de la finance mondiale n'ont cessé de se répéter et de prendre de plus en plus d'amplitude depuis les années 1970. Leur effet sur les inégalités est important et légèrement plus fort que celui lié à l'accès au crédit présenté ci-dessus.
3.    Enfin, par la réalité ou par la menace de délocalisation des investissements, la libéralisation financière conduit à un rapport de force favorable aux employeurs et à une baisse de la part des salaires dans la répartition des revenus. L'effet est non seulement important mais durable.
Les économistes du FMI indiquent en conclusion que leur étude ne les conduit pas à conseiller aux pays de refuser toute forme de libéralisation financière. Ils tiennent cependant à souligner que les pays pour lesquels la réduction des inégalités est un objectif important de politique économique devraient faire attention lorsqu'ils veulent s'ouvrir aux mouvements de capitaux internationaux.
Car un autre résultat apparaît clairement : plus un pays libéralise sa finance, plus les effets sur les inégalités sont importants ; mais s'il décide ensuite de refermer un peu ses frontières, l'effet sur la réduction des inégalités n'est pas significativement différent de zéro. Mieux vaut donc ne pas se tromper.

FURCERI Davide, LOUNGANI Prakash. Capital Account Liberalization and Inequality. IMF Working Paper n° WP/15/243, novembre 2015 in CHAVAGNEUX Christian. Alternatives Economiques n° 353 - janvier 2016