Des accords monétaires défavorables

Le franc CFA, monnaie de quinze pays de l’Afrique subsaharienne, dont la plupart stagnent dans la pauvreté, est lié à l’euro. Ces pays doivent déposer leurs réserves financières dans les coffres de la Banque Centrale Européenne via le Trésor français.

 

07/12/2015 – BIBLIO : Pas de tabou, mais pas de changement non plus.

« La Zone franc est le système monétaire et économique qui lie quinze pays à la France, au travers de 3 zones monétaires : UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine : Bénin, Burkina-Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), CEMAC (Communauté écono- mique et monétaire de l'Afrique centrale Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) et les Comores. Ce système est directement hérité du franc des Colonies Françaises d'Afrique (CFA), créé par De Gaulle en 1945 afin de préserver le commerce colonial de l'impact des dévaluations successives du franc de la métropole. Aujourd'hui, CFA veut dire « Communauté Financière Africaine » en Afrique de l'Ouest, et « Coopération Financière de l'Afrique centrale », et ces quinze pays doivent déposer 50% voire 65 % (pour les Comores) de leurs réserves de change sur un compte d'opérations au Trésor public français, dont des représentants siègent au sein des Conseils d'administration des banques centrales, avec une minorité de blocage. Outre cette atteinte directe à leur souveraineté, les pays africains de la zone franc disposent d'une libre convertibilité vis à vis de la France, mais pas pour les échanges entre les trois zones monétaires. Ce principe facilite donc les investissements français et européens en Afrique, le rapatriement de capitaux et l'importation de matières premières, mais bloque les échanges inter-africains. Au passage, la politique de change étant la même dans la zone franc et la zone euro, les décisions de la Banque centrale européenne (sur lesquels les États africains n'ont aucune emprise) et les fluctuations de l'euro par rapport aux autres monnaies mondiales se répercutent directement sur l'économie de la zone franc. Les économies nationales, généralement fortement extraverties, subissent de plein fouet les chutes de compétitivité de leurs exportations qu'un Euro « fort » peut entraîner. »

PRIMO Alice. Franc CFA. Pas de tabou, mais pas de changement non plus. Billets d’Afrique et d’Ailleurs, nov 2015, n°2015, p.11

 

 

29/11/2015-BIBLIO : Rompre avec le CFA

Le 17 juin 2009 à Abidjan en Côte d’Ivoire, Gisèle Dutheuil, inspirée par Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, a organisé un colloque « Afrique – Oser une nouvelle voie ». François Ndengwé, économiste, donne l’alarme suivante :

« Toute prospérité nationale est en corrélation directe avec la qualité de la monnaie nationale. Cette vérité première est observée en tout temps en tout lieu. La corrélation est directe en ce sens que si sur deux échelles graduées, l'une mesurant la prospérité l'autre la qualité de la monnaie, le nombre ou l'indice de la prospérité évoluent dans le même sens que le nombre ou l'indice de la qualité de la monnaie. Si le nombre ou l'indice de la prospérité croissent, le nombre ou l'indice de la qualité de la monnaie croissent aussi. Réciproquement, si l'indice de la qualité de la monnaie croît, on observe également une croissance de l'indice de la prospérité nationale. Ce qui est vrai pour la croissance l'est aussi pour la décroissance et pour la stagnation.» (p.28)

« Et là aussi, la dévotion à la vérité est d'un grand secours aux Africains. Elle leur permet de voir objectivement les faits et de mesurer les effets: l'émiettement monétaire de l'Afrique d'aujourd'hui est une cause de son appauvrissement ainsi que de son impotence économique et militaire. Cet émiettement est donc une cause directe du sous-développement de

l'Afrique, de l'insécurité et des guerres dans ce continent, ainsi que de l'incapacité des Africains à défendre leur sous-sol, leurs façades maritimes et leur espace aérien exploités, souvent en violation aussi bien du droit positif africain que du droit international, au profit d'intérêts non-africains ». (p.30)

« Pour les Africains, le franc CFA est une monnaie de très mauvaise qualité. Il n'est donc pas surprenant, vu la corrélation directe évoquée plus haut, que dans tous les classements mondiaux de prospérité nationale, par exemple celui de l'Indice de Développement Humain que publie annuellement le PNUD\ les pays africains de la zone CFA sont tous dans les derniers rangs. Rien que ce fait, en contraste avec la France, pivot du franc CFA, mais elle, située aux premiers rangs, aurait déjà dû pousser les Africains de la zone franc à s'interroger sur la « coopération» monétaire entre leurs pays et la France. Quel est le sens de cette « coopération» ? À qui profitent la zone franc et le franc CFA depuis 64 ans qu’il existe ? À qui coûtent-ils ? Combien ? » (p.33)

NDENGWÉ François (2009). Rompre avec le CFA, in : Oser une nouvelle voie. Paris : L’Harmattan. Coll Afrique liberté, p.27-40

 

Pour une monnaie commune africaine.

 

11/12/2015 – BIBLIO : Vers une monnaie commune africaine ?

« Retenons essentiellement que la monnaie africaine va réussir le tour de force d’expurger les budgets nationaux de toute dette extérieure. Elle va permettre à l’Afrique de financer sa croissance avec sa propre promesse monétaire. Le potentiel minéralogique du continent et la créativité enfin libérée des Africains feront que cette promesse monétaire gagnera très vite un pouvoir à l’étranger. Pouvoir à la mesure duquel les Africains pourront, soutenir la compétition internationale. Seule la monnaie commune africaine est de nature à réenchanter l’avenir commun des Africains. » 

MANDILOU Désiré (2009. Pour une monnaie commune africaine, in : Oser une nouvelle voie. Paris : L’Harmattan. Coll Afrique liberté, p.117-144