L'histoire

2016-01-BIBLIO : Esclavage, colonisation : quand l’histoire laisse des traces.

« Une seconde école conteste l’impact direct de la géographie sur les inégalités mondiales et insiste plutôt sur le rôle primordial de l’histoire. Cette approche place l’esclavage et la colonisation, en tant qu’institutions politiques et économiques, au centre de la formation des inégalités. » (HUILLERY, p..41). […]
« Ainsi, l’économiste Nathan Nunn a montré que le développement de long terme a été affecté par l’intensité de la traite de l’esclave. Une traite plus intense a conduit à un développement économique plus faible. Le traite aurait créé selon l’auteur une culture de méfiance, envers les autorités gouvernementales comme au sein des populations elles-mêmes. Par extension, on peut penser que l’esclavage est une des raisons pour lesquelles l’Afrique subsaharienne est moins développée que le reste du monde. » (HUILLERY, p.41).
 NUNN Nathan (2008). The long-term effects of Africa’s slave trades. Quarterly journal of economics, vol.123, n°1, 2008, p.139-176.
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« Les économistes Daron Acemoglu, Simon Johnson et James Robinson expliquent que les colonies qui possédaient un environnement sanitaire défavorable à l’installation des européens comme l’Afrique Subsaharienne ou l’Asie du Sud-est, ont connu des colonisations d’extraction des ressources naturelles accompagnées d’institutions politiques et économiques néfastes à leur développement de long terme. »
ACEMOGLU Daron, JOHNSON Simon, A.ROBINSON James (2001). The colonial origins of comparative development. An empirical investigation. American Economic Review, vol.91, n°5, 2001, p. 1369-1401.
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« James Feyrer et Bruce Sacerdote montent que les colonies de longue durée induisent un meilleur développement économique car les colonies de « courtes durée » ont subi les mêmes dégâts que les colonies de « longues durées », à savoir la destruction de leurs institutions politiques et sociales, l’extraction de leurs ressources ou encore l’asservissement de leur population, mais elles ont reçu moins d’investissement et moins de migrants. » (HUILLERY, p.42)
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« Les régions qui ont reçu plus d’investissements publics au début de la période coloniale, au début du XXe siècle, enregistrent aujourd’hui des indices de développement humains supérieurs aux régions qui, pourtant comparables au départ, ont reçu moins d’investissements publics du fait des politiques différenciées menées par les administrateurs coloniaux. » (HUILLERY, p. 43)
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« La faiblesse de l’Etat, qui s’est développée pendant la colonisation, explique en grande partie pourquoi le choc colonial continue à avoir des effets sur la situation actuelle.» (HUILLERY, p.44)
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« Dans les colonies d’extraction où les colons ont mis en place des institutions économiques et politiques servant prioritairement les intérêts de la métropole, et non ceux de la population locale, l’État est apparu comme illégitime et le consentement à payer l’impôt ne s’est pas développé. N’ayant ni la capacité ni la volonté d’investir dans les biens publics, les États sont restés des États faibles, dont la principale fonction était de « garder la grille » selon les termes de l’historien Frederic Cooper, c’est-à-dire d’assurer qu’aucune puissance coloniale concurrente ne viennent empiéter sur l’empire. » (HUILLERY, p. 44)

HUILLERY Elise. Esclavage, colonisation : quand l’histoire laisse des traces. BADIE Bertrand, VIDAL Dominique (2015). Un monde d’inégalité. L’état du monde en 2016. Paris : la découverte, 2015, p.41