L'Africain est pauvre

04/01/2016 - BIBLIO : Observatoire des inégalités et un monde scindé en deux
 
«Les populations qui souffrent de l’extrême pauvreté vivent dans leur quasi-totalité dans les régions en développement. Près de la moitié de la population est concernée en Afrique subsaharienne, et un quart de la population en Asie du sud. Cette pauvreté monétaire signifie pour certains des conditions de vie indignes, équivalentes à ce que les pays riches ont pu connaître il y a plus d’un siècle. Ainsi par exemple, seulement 63 % de la population d’Afrique subsaharienne dispose d’un accès à l’eau potable (Organisation Mondiale de la Santé - Unicef, données 2011), et 840 millions de personnes sont sous-alimentées dans les pays en développement (FAO, données 2011-2013). Dans ces pays, l’espérance de vie à la naissance est beaucoup plus faible que la moyenne mondiale : 52,9 années en Afrique subsaharienne, alors que la moyenne mondiale atteint 68,7 années (Nations Unies, données 2010)».
http://www.inegalites.fr/spip.php?page=analyse&id_article=1550&id_groupe=20&id_rubrique=28&id_mot=15
 
05/01/2016 : BIBLIO : OMS et couverture sanitaire universelle
 
«Au niveau mondial, 400 millions de personnes n'ont pas accès à l'un ou plusieurs des services de santé essentiels. Chaque année, 100 millions de personnes sombrent dans la pauvreté pour avoir dû payer des services de santé et environ 150 millions sont exposés à une catastrophe financière pour la même raison. 32% des dépenses de santé sont payées par les personnes».
 
«Poverty eradication is still a priority. The world attained the MDG target – to cut the 1990 poverty rate in half by 2015 – in 2010. Despite positive trends, one in seven people in developing regions still lives on less than US$ 1.25 per day. In sub-Saharan Africa, more than 40% of the population still live in extreme poverty in 2015».
 
04/01/2016 - BIBLIO : Banque mondiale et la baisse de la pauvreté dans le monde 
 
«La pauvreté recule dans le monde. Près d’un milliard d’individus vivent cependant toujours avec moins de 1,90 dollar par jour, le seuil d’extrême pauvreté.
Même l’Afrique subsaharienne - que l’on disait condamnée au sous-développement - suit aujourd’hui le mouvement. La part de la population concernée par l’extrême pauvreté a reculé de 14 points en 22 ans (42,7 % en 2012 contre 56,8 % en 1990) en dépit du boom démographique [1]. Pour autant, le nombre de personnes extrêmement pauvres continue d’y augmenter, passant de 288 millions en 1990 à 389 millions en 2012. De nombreux pays de cette région présentent des taux très élevés, à l’instar de la République démocratique du Congo, du Burundi (77% chacun) ou encore de Madagascar (82%). Au Nigéria, qui représente 20 % de la population d’Afrique subsaharienne, un peu plus d’une personne sur deux (53 %) vit avec moins de 1,90 dollar par jour».
[1] Voir « Poverty in a rising Africa », rapport de la Banque mondiale, octobre 2015.
 
«La pauvreté dans le monde passe sous la barre des 10 %
La part de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté devrait atteindre un niveau historiquement faible de 9,6 % en 2015 — contre 37,1 % en 1990. Selon des estimations récentes, 702 millions de personnes vivent sous le nouveau seuil international de pauvreté, fixé à 1,90 dollar par jour, dont une majorité en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Pour le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, ce recul historique constitue « la meilleure nouvelle pour notre monde actuel » et témoigne des progrès accomplis pour parvenir à mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030».
 

14/01/2016 - BIBLIO : La pauvreté? relativiser les données de la Banque Mondiale. Gaël Giraud.

« La pauvreté demeure un drame très largement partagé, en dépit des niveaux de croissance parfois élevés expérimentés par un grand nombre de pays du Sud au cours des dernières décennies. Si l'on adopte la convention proposée par la Banque mondiale consistant à de finir l'extrême pauvreté par le fait de disposer d'un revenu quotidien moyen inférieur à 1,25 dollar par jour (en parité de pouvoir d'achat ainsi que ces parités ont été définies en 2005), alors les statistiques de la Banque mondiale sont apparemment réconfortantes : la part de l'humanité vivant en situation d'extrême pauvreté est passée de 44 % au cours des années 1980 à 25 % aujourd'hui, soit une décrue d'environ 2 milliards de personnes à 1 milliard. Ce qui a fait dire que les Objectifs du millénaire pour le développement, qui ambitionnaient entre autres de réduire de moitié, avant 2015, la fraction de l'humanité vivant en dessous du seuil de pauvreté extrême, auraient été atteints. Reste qu'en 2011, 2,2 milliards de personnes (environ un tiers de la population mondiale) vivaient avec moins de 2 dollars par jour (le seuil de pauvreté), contre 2,59 milliards en 1981 - une bien maigre progression, cette fois. De plus, aujourd'hui, 80 % de la population mondiale vit avec moins de 10 dollars par jour, un revenu qui correspond à peu près à la fourchette basse du niveau de vie des classes moyennes. Autrement dit, la « réussite » des dernières décennies en matière de réduction de la pauvreté dépend de manière cruciale de l'endroit où l'on pose le curseur. Or les seuils conventionnels adoptés (1,25 ou 2 dollars par jour) n'ont pas été choisis en fonction de critères anthropologiques absolus, mais au gré des conclusions qu'ils permettent de tirer, en particulier du nombre de pays dont le revenu moyen par habitant se retrouve in fine en dessous de la ligne de flottaison. Y a-t-il une différence significative entre des revenus de 1,25 et 2 dollars par jour? Et avons-nous de quoi pavoiser quand un tiers de l'humanité vit toujours sous le seuil des 2 dollars par jour ? Qui plus est, les seuils absolus (1,25 $/jour pour l'extrême pauvreté, 2 $/jour pour la pauvreté) représentent des constructions sociales fragiles. Leur calcul dépend notamment des conventions adoptées pour établir les parités de pouvoir d'achat (PPA) : le passage des conventions de calcul de PPA de 2005 à celles proposées par la Banque mondiale en 2011 affecte de manière significative les statistiques obtenues en matière de pauvreté. Cette trop grande sensibilité des conclusions aux décisions plus ou moins arbitraires qui gouvernent l'établissement des PPA rend l'ensemble de l'exercice sujet à caution. Sans doute n'est-il pas inutile non plus de rappeler que la réduction de l'extrême pauvreté au cours des trente dernières années résulte avant tout de la politique volontariste de la Chine, et ne doit rien, ou presque, au consensus de Washington, c'est-à-dire au corpus de prescriptions d'inspiration néoclassique qui ont gouverné la gestion des crises de dette publique en Amérique latine ou en Grèce (rigueur budgétaire, privatisations, libéralisations). Entre 1981 et 2011,753 millions de Chinois sont passés au-dessus du seuil des 1,25 dollar par jour, soit une réduction très impressionnante du nombre de pauvres « extrêmes ») de 84 % à 12 %. Au cours de la même période, les pauvres sont passés en Inde de 60 % à 33 % de la population. Inversement, en Afrique subsaharienne, le nombre de « pauvres extrêmes » (414 millions en 2010) a plus que doublé par rapport à 1981 (soit une augmentation de 200 millions de personnes environ), ce qui se traduit par une réduction modeste de leur part relative, de 53 % à 47 %. Il y a davantage de pauvres « extrêmes » aujourd'hui en Afrique subsaharienne qu'il n'y avait d'Africains lors des indépendances. »

GIRAUD Gaël. Le diagnostic et les solutions des économistes. BADIE Bertrand, VIDAL Dominique (2015). Un monde d’inégalité. L’état du monde en 2016. Paris : la découverte, 2015, 250p. (p.58-59)
 

18/01/2016 - BIBLIO : le rapport d'OXFAM

Critiques méthodo du rapport OXFAM :

« Ces chiffres, publiés désormais chaque année à la veille du sommet de Davos qui réunit « l’élite » économique mondiale, finissent manifestement par agacer. Beaucoup y voient une jalousie contre les responsables qui ont réussi. Des critiques ont commencé à circuler sur les analyses de l’ONG Oxfam. Les comparaisons frappent l’imagination mais ne reflètent pas la réalité, est-il rétorqué. Les statistiques d’Oxfam s’appuient sur les rapports sur la richesse mondiale établis chaque année par le Crédit suisse, car ils ont l’avantage d’estimer les patrimoines entiers – qui sont devenus les principaux moteurs de l’accumulation des grandes fortunes, compte tenu de l’inflation des différents actifs immobiliers et financiers – plutôt que les seuls revenus. Parmi les reproches formulés contre ces estimations, figure leur méthodologie qui conduit dans les calculs des richesses à déduire les dettes accumulées. « Les propriétaires américains qui ont souscrit des emprunts désormais supérieurs à la valeur de leur maison se retrouvent parmi les plus pauvres au monde », ironise ainsi The Economist ».
ORANGE Martine (2016). L’économie mondiale fait le bonheur des 1%. Mediapart, le lundi 18 janvier 2016

Extrait du rapport
Le document « Une économie au service des 1 % » explore le comment et le pourquoi d'une telle situation et expose de nouveaux éléments troublants sur une crise des inégalités qui échappe à tout contrôle.
D'après les calculs d'Oxfam :
•En 2015, 62 personnes possédaient à elles seules les mêmes richesses que 3,5 milliards de personnes (soit la moitié la plus pauvre de l'humanité), contre 388 personnes en 2010.
•La fortune des 62 personnes les plus riches au monde a augmenté de 44 % entre 2010 et 2015, soit une hausse de plus de 500 milliards de dollars (542 milliards de dollars), pour s'établir à 1 760 milliards de dollars.
•Parallèlement, les richesses de la moitié la plus pauvre de l'humanité ont diminué de plus de mille milliards de dollars au cours de la même période, soit une chute de 41 %.
•Depuis le début du XXIe siècle, la moitié la plus pauvre de la population mondiale a bénéficié de seulement 1 % de l'augmentation totale des richesses mondiales, alors que les 1 % les plus riches se sont partagé la moitié de cette hausse.
•Le revenu annuel moyen des 10 % les plus pauvres dans le monde a augmenté de moins de 3 dollars en près d'un quart de siècle. Autrement dit, leur revenu journalier a augmenté de moins d'un cent par an.

OXFAM (2016). Une économie au service des 1%. Document d’information d’OXFAM 210. Résumé. 18 janvier 2016.