La perte du capital naturel

12/05/2015 – BIBLIO : Aider l’Afrique à retenir ses richesses (Le Monde)

Quelles que soient les améliorations à apporter dans son organisation, la BAD (Banque Africaine de développement)  ne doit avoir qu’une seule mission : servir l’Afrique, explique Cristina Duarte, ministre des Finances et du plan du Cap-Vert, candidate à la succession de Donald Kabekura à la présidence de la Banque africaine de développement. […]

« Au plan de la mobilisation des financements pour le développement, je pense que la réponse ou la solution doit être structurée. La BAD doit appuyer les gouvernements africains afin de créer et consolider des institutions pour « retenir » la richesse produite en Afrique. En tenant compte des études de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), le continent perd, chaque année, 50 milliards de dollars. Je pense que la première étape dans la mobilisation des ressources, c’est de tout faire pour ne pas perdre cet argent : en renforçant les institutions, les systèmes financiers et en renforçant l’intermédiation financière en Afrique ».

BEN YAÏCHE Hichem (2015). Cristina DUARTE : « Aider l’Afrique à retenir ses richesses ». LE MONDE, 12/05/2015. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/05/12/cristina-duarte-aider-l-afrique-a-retenir-ses-richesses_4632025_3212.html#Y6OFrVGJs2kUgt7H.99

01/02/2016 – BIBLIO : les mines katangaises. Colette Braeckman.

« Optimiste, le Premier ministre assure que le Congo pourrait devenir un pays émergent d'ici 2050. Mais cette croissance bien réelle signifie-t-elle pour autant une réduction de la pauvreté? Rien n'est moins sûr : le développement actuel repose sur les mines et les télécommunications, qui génèrent beaucoup moins d'emplois que l'agriculture familiale, négligée par rapport aux grands projets mécanisés. En outre, si l'irruption des géants miniers a permis de faire passer à plus de 900 000 tonnes la production de cuivre au Katanga, la population en tire plus d'inconvénients que de bénéfices: la pollution, à Lubumbashi, atteint des seuils insupportables, les exploitants artisanaux qui faisaient vivre des familles entières ont été chassés sans ménagements et remplacés par des excavatrices conduites par des Zambiens ou des Zimbabwéens, les entreprises minières dissimulent ou rapatrient l'essentiel de leurs bénéfices et, selon les spécialistes, la rente minière devrait être deux ou trois fois plus élevée. En outre, des pratiques mafieuses auraient privé l'État de recettes considérables : les ventes d'actifs de la Gecamines sont systématiquement sous-évaluées et la différence entre le prix de vente affiché et le prix réel se retrouve sur des comptes logés aux îles Vierges ...

Pratiquée sur une grande échelle, cette corruption provoque un réel malaise au Katanga. Selon le ministre provincial des Finances Christian Mwando Simba, les mines katangaises ont permis à l'État central de récolter, sous forme de taxes, plus d'un milliard de dollars en 2012, soit 68 % du total de toutes les industries extractives nationales. Mais la rétrocession de cette somme, qui devrait s'élever à 40 % selon la Constitution, n'a atteint que 65 millions de dollars en 2014, au lieu des 460 millions prévus ... Promulguée en mars 2015, la loi de décentralisation, qui prévoit la création de vingt-six provinces, contre onze aujourd'hui, risque d'accentuer le malaise dans la mesure où elle devrait couper le Katanga en quatre entités distinctes (deux provinces riches et deux provinces pauvres) ».

BRAECKMAN Colette. En république démocratique du Congo, un double scandale. BADIE Bertrand, VIDAL Dominique (2015). Un monde d’inégalité. L’état du monde en 2016. Paris : la découverte, 2015, 250p. (p.115)
 

25/03/2016 – BIBLIO : PIKETTY, les propriétaires étrangers

« Puis il faut ajouter les revenus nets reçus de l'étranger (ou bien retrancher les revenus nets versés à l'étranger, suivant la situation du pays). Par exemple, un pays dont l'ensemble des entreprises et du capital est possédé par des propriétaires étrangers peut fort bien avoir une production intérieure très élevée mais un revenu national nettement plus faible, une fois déduits les profits et loyers partant à l'étranger. Inversement, un pays possédant une bonne partie du capital d'autres pays peut disposer d'un revenu national beaucoup plus élevé que sa production intérieure. Nous reviendrons plus loin sur des exemples de ces deux types de situations, tirés de l'histoire du capitalisme et du monde actuel. Précisons d'emblée que ce type d'inégalités internationales peut être générateur de très fortes tensions politiques. Il n'est pas anodin pour un pays de travailler pour un autre pays, et de lui verser durablement une part significative de sa production sous forme de dividendes ou de loyers. Pour qu'un tel système puisse tenir - jusqu'à un certain point -, il doit souvent s'accompagner de relations de domination politique, comme ce fut le cas à l'époque du colonialisme, quand l'Europe possédait de fait une bonne part du reste du monde ». p.55

« La seule situation de déséquilibre continental caractérisé concerne l'Afrique, qui est structurellement possédée par les autres continents. Concrètement, d'après les balances des paiements au niveau mondial établies chaque année depuis 1970 par les Nations unies et les autres organisations inter- nationales (Banque mondiale, FMI), le revenu national dont disposent les habitants du continent africain est systématiquement inférieur d'environ 5 % à leur production intérieure (1'écart dépasse 10 % dans certains pays). Avec une part du capital dans la production de l'ordre de 30 %, cela signifie que près de 20 % du capital africain est actuellement possédé par des propriétaires étrangers, à l'image des actionnaires londoniens de la mine de platine de Marikana dont il était question au début de ce chapitre. Il est important de réaliser ce que signifie en pratique un tel chiffre. Compte tenu du fait que certains éléments de patrimoines (par exemple l'immobilier d'habitation, ou le capital agricole) ne sont qu'assez peu possédés par les investisseurs étrangers, cela signifie que la part du capital domestique détenu par le reste du monde peut dépasser 40 %-50 % dans l'industrie manufacturière, voire davantage dans certains secteurs. Même si les balances de paiements officielles ont de nombreuses imperfections - nous y reviendrons -, il ne fait aucun doute qu'il s'agit là d'une réalité importante de l'Afrique actuelle ». p.118

« Il n’est pas interdit de penser que cette instabilité s’explique en partie par la raison suivante : quand un pays est pour une large part possédé par des propriétaires étrangers, la demande sociale d’expropriation est récurrente et presque irrépressible ». p.121

« L’inégalité de la propriété du capital est difficile à accepter dans le cadre d’une communauté nationale. A l’échelle internationale, c’est chose presque impossible (sauf à imaginer un rapport de domination politique de type colonial) ». p.122

« Pour résumer, l’expérience historique suggère que le principal mécanisme permettant la convergence entre pays est la diffusion des connaissances, au niveau international comme au niveau domestique. Autrement dit, les plus pauvres rattrapent les plus riches dans la mesure où ils parviennent à atteindre le même niveau de savoir technologique, de qualifications, d’éducation, et non pas de devenant la propriété des plus riches. Ce processus de diffusion des connaissances ne tombe pas du ciel : il est souvent accéléré par l’ouverture internationale et commerciale, et surtout il dépend de la capacité des pays à mobiliser les financements et les institutions permettant d’investir massivement dans le formation de leur population, tout en garantissant un cadre légal prévisible pour les différents acteurs. Il est donc intimement lié au processus de construction d’une puissance publique légitime et efficace ». p.123

PIKETTY Thomas (2013). Le capital au XXIème siècle. Paris : Editions du seuil, 970p.