Travaux sur l'accès aux soins

2015-2018 : Observations, recherche en cours

 

Joséphine Brindherbes avait décidé de guérir, mais d'autres n'étaient pas d'accord. Une publication de Let-Know Café.

(Communication au colloque international de l'AMADES (Association d'Anthropologie Médicale appliquée au Développement et à la Santé) - "ce que guérir veut dire" - mai 2015, (vidéoconférence Marseille-Ottawa)

RESUMÉ : L’hiver se termine, et la nuit est tombée depuis quelques heures déjà. Joséphine Brindherbes a 95 ans. C’est une grande femme de bonne éducation et de vigueur. Son médecin généraliste, Lucas M., est passé chez elle en début de soirée. Il lui a diagnostiqué une infection pulmonaire, et prescrit du repos au lit et un antibiotique. Joséphine Brindherbes est allongée dans le noir malmenée par la fièvre. Elle décide quand même de se lever, comme elle le fait chaque nuit. Et là, catastrophe. Elle s’effondre sur elle-même, se fracture net le col du fémur, et se retrouve quelques minutes plus tard, dans le camion des pompiers.
Le lendemain soir, Le Dr M. lui rend à nouveau visite, cette fois à l’hôpital. Il retrouve sa patiente très affaiblie et contenue dans un grand lit métallique aux draps d’un jaune clair impeccable. Elle se fera opérer demain. « Vais-je m’en sortir, docteur ? » lui demande poliment Joséphine. Lucas sourit pour masquer une hésitation. « Vous êtes solide » finit-il par lui dire, sans grande conviction. Lucas M. prend congé de Joséphine Brindherbes en pensant qu’il ne la reverra probablement pas. Mais il ne comprend pas qu’à cet instant, la patiente, elle, a décidé de guérir. Mais ce que ni elle, ni lui, ne peuvent imaginer, c’est que Joséphine Brindherbes s’engage-là dans un véritable parcours du combattant. Un combat pas tellement contre elle-même, mais bien contre d’autres, qui eux ne sont pas d’accord avec son choix.
Nous parlerons bien là du « prendre soin », où le soin devient un objet que l’on se dispute, que l’on dérobe parfois, aussi pour de tout autres fins que celle de la guérison. Et le malade doit se battre pour garder ou récupérer son soin. Et le soignant, professionnel de santé ou entourage du malade, doit se battre pour trouver du soin, et trouver du sens à son existence.

 

L'article

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La poétique de la crasse. Une publication de Let-Know Café.

(Communication au 2ème congrès international de l'AFEA (Association française d'ethnologie et d'anthropologie) -  "démesure"  - juillet 2015)

RESUMÉ : C’est Marthe R., l’assistante sociale qui contacte le Dr Lucas M., médecin généraliste du quartier. Marthe vient de rencontrer Medhi B., un vieil homme d’origine algérienne, qui vit dans 20 mètres carrés miséreux. Elle s’inquiète pour sa santé. Les deux décident de lui rendre visite. Le jour venu, ils sonnent et sont reçus chez lui. Là, le spectacle si crasseux saisit nos deux intervenants. Mais que se passe-t-il à cet instant ? Marthe, Lucas et Medhi voient-ils vraiment tous les mêmes choses ? Pouvons-nous en rester à la certitude intime de ce que perçoivent Marthe et Lucas ? Les mondes privés de ces deux-là ne sont-ils pas le monde que pour eux-mêmes ? Et comme l’avance Tim INGOLD, l’environnement de Medhi n’est-il pas avant tout le monde tel qu’il existe pour lui ? Et quand, quelques semaines plus tard, obligés par leurs cosmologies personnelles, Mme R. et le Dr M. retournent voir Mr B. pour lui proposer une hospitalisation et le mettre à l’abri, le dragon qui est là présent depuis le début de l’histoire, à la façon de celui du petit Billy Bixbee de Jack KENT, commence à grandir. Et quand les pompiers arrivent pour emmener le vieil homme, le dragon est devenu tellement énorme, démesuré, que l’on se demande bien comment Marthe, Lucas et Medhi vont pouvoir s’en sortir.

 

L'article

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2002-2003 : accès au dépistage du VIH pour les migrants africains

 

Comment améliorer le dépistage du VIH chez les migrants Africains ? La santé de l’Homme. Mars/avril 2004, n° 370, 40-43.

Quatrième travail de la pré-histoire (ou de l’avant Let-Know Café et de l’avant anthropologie). Cet article rend compte du travail de recherche effectué en maîtrise de santé publique (cf. le mémoire qui suit…). La méthode se rapproche là plus nettement de la méthode anthropologique : prendre le temps de la rencontre avec l’autre, pour lui demander son avis, son explication du pourquoi il est peu enclin à se rendre au dépistage. Et la réponse témoigne d’une rationalité dans laquelle il serait facile de se retrouver soi-même…

RESUME : Les migrants originaires d’Afrique subsaharienne sont la population la plus touchée par l’épidémie du Sida en France. Or il semble que la proposition du dépistage du VIH dans les structures de soins qui accueillent cette population soit loin d’être systématique. Les anthropologues montrent qu’il existerait une tendance au culturalisme de la part des soignants qui ferait obstacle à la démarche. Notre question de recherche est donc : comment améliorer le dépistage du VIH auprès de cette population à son arrivée en France ? Nous avons réalisé des entretiens semi-directifs auprès de 13 patients africains au centre de soins de Médecins du Monde Lyon, primo-consultants, en France depuis moins d’un an. La population, d’un haut niveau socioculturel, a de bonnes connaissances sur le mode de transmission et de prévention de la maladie. Il semble par contre que la plupart ignore l’existence du traitement antiviral. Nous ne notons pas de spécification culturelle dans les représentations. Les connaissances des personnes sont d’abord le reflet de la réalité africaine par rapport au Sida, du fait que la trithérapie n’y est pas disponible. L’amélioration du dépistage auprès de cette population à risque passe donc d’abord par une information sur la thérapeutique et la prise en charge dont ils peuvent bénéficier, ainsi que sur l’application de la législation en vigueur.

 

L'article

http://www.inpes.sante.fr/SLH/articles/370/06.htm

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Conditions pour le dépistage du VIH auprès des migrants africains au centre de Soins de Médecins du Monde. Maîtrise de Sciences Sanitaires et Sociales. Université Claude Bernard Lyon 1. 

 

Le mémoire

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2000-2002 : Gens du voyage et populations tsiganes

 

Diagnostic de santé communautaire de la population des Gens du Voyage du Rhône. Migrations Santé ; revue trimestrielle d’études et de recherches sur la santé des migrants. 2003, n°114 ; 51-68

Troisième travail pré-historique. Cet article témoigne d’un diagnostic de santé auprès des gens du voyage du Rhône. Nous avons sillonné ce terrain-là pendant deux ans. Nous avions expérimenté une méthodologie mixte alliant des outils quantitatifs et qualitatifs. Pour ces derniers, on n’a pas eu peur ! On s’est lancé dans plusieurs focus groupes. C’était intéressant de tester cette méthode d’entretien collectif. C’est vrai qu’elle illustre l’organisation du groupe, mais pas évident quand même à exploiter pour un néophyte…

RESUME : Ce travail auprès des Gens du voyage est notre première expérimentation d’une méthodologie de travail mixte entre les méthodes qualitatives des sciences humaines (entretiens, focus groups) et les méthodes quantitatives (questionnaires, traitements statistiques des données). A la demande de l’ARTAG (Association Régionale des Tsiganes et de leurs Amis Gadjé), Jean FAYA avec l’association Médecins du Monde a réalisé de 2001 à 2002, un diagnostic de santé communautaire des Gens du Voyage du Rhône. Le but de ce travail était d’identifier les problèmes collectifs de santé prioritaires de la population étudiée afin de disposer de données nécessaires à la réalisation d’actions de santé auprès de la communauté. Nous avons mis en avant à l’issue, deux ensembles de problèmes de santé prioritaires : la souffrance morale et les conduites addictives, la pathologie cardio-vasculaire et ses facteurs de risque. Il s’est ensuivi la mise en place d’actions de santé sur le terrain autour de la prévention du risque cardio-vasculaire.

 

L'article

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Diagnostic de santé communautaire de la population des Gens du Voyage du Rhône. Diplôme Universitaire de Santé Publique. "Santé Publique et Santé Communautaire". Université Henri Poincaré. Nancy 1.

 

(mémoire indisponible)

 

Quand l’impensable se produit. Le Sociographe, recherches en travail social. 2004, n°13,13-17.

Deuxième texte de la pré-histoire. Il s’agit plus en fait d’un essai, au contact des bidonvilles de population d’Europe de l’Est commençant à émerger dans l'agglomération de Lyon. C’est aussi un peu l’illustration du déniaisage d’un jeune toubib qui sort du milieu hospitalier, qui voit la vie en dehors, bercé toute son enfant par nos valeurs républicaine : liberté, égalité, fraternité …Ah ouais ? Ce n’est pas comme ça que ça se passe en fait dans la vraie vie ?

 

L'article

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1998-2001 : la formation médicale initiale et la santé des populations défavorisées.

 

La formation médicale initiale et la santé des populations défavorisées. Revue Française de Santé publique, 2003, volume 15, n°4, 479-484.

Premier texte de la pré-histoire. Cette période de recherche avant l’anthropologie commence peut-être après la thèse de médecine de notre gérant. Le voilà libéré de l’institution universitaire, libre de voir d’autres milieux de pensée, libre de pratiquer hors de la toute-puissance du milieu académique. Ce travail-là abordait déjà la question de l’accès aux soins et des difficultés de prendre en charge des populations très précarisées quand les soignants n’ont pas reçu de formations axées sur ces enjeux-là. Ce texte se fait aussi le témoin d’initiatives très intéressantes autour de cette dynamique, notamment en Amérique du Nord, autour du réseau UNISOL…

RESUME : En France et dans le monde aujourd’hui, des individus sont défavorisés par rapport au reste de la population. Leur état de santé est souvent très précaire. Le corps médical a une position centrale face à ces questions de par ses devoirs déontologiques et ses règles d’éthique. Aussi le médecin doit y être préparé. Les étudiants sont d’ailleurs très demandeurs comme nous l’avons montré dans notre sondage. Le futur médecin doit donc apprendre à utiliser des outils spécifiques et savoir intégrer son action dans une démarche de santé publique, par un travail pluridisciplinaire. C’est précisément le rôle et la responsabilité de l’Université comme le rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé à travers la charte d’Arizona et la création du réseau UNISOL (University Solidarity). Actuellement, beaucoup de facultés françaises proposent des enseignements sur le sujet en troisième cycle, mais on est déjà en dehors de la formation médicale initiale qui a aussi pour vocation de présenter à l’étudiant les différents types d’exercices de la médecine. L’Université a peu de contacts directs avec les communautés défavorisées, les liens avec les divers organismes sanitaires qui en ont la charge sont souvent absents. À l’étranger, par contre de nombreuses facultés développent ce qu’elles dénomment la « Community Oriented Medical Education ». Il semble donc important que de nouveaux axes éducatifs engagent l’Université dans la réponse sociale de son institution, spécialement envers ceux qui en ont le plus besoin.

 

L'article

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La formation médicale initiale et la santé des populations défavorisées. Université Claude Bernard Lyon 1. Thèse de Doctorat en médecine générale. Décembre 2001.

 

La thèse

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